Market Update - Juillet 2026 : Banques centrales : divergence de rythme, détente énergétique et marchés actions toujours portés par l’IA

La Fed maintient ses taux mais relève sa trajectoire projetée ; la BCE hausse préventivement de 25 pb. Le Brent chute de 21 % en juin. Les actions signent un trimestre exceptionnel porté par l’IA.

1 juillet 2026
12 min
Banques centralesInflationActionsTauxCréditPétroleIADevises

Données de marché

Données de marché arrêtées au 30 juin 2026. Données macroéconomiques disponibles au 1er juillet 2026.


Executive Summary

La Réserve fédérale a maintenu la fourchette des Fed funds à 3,50–3,75 %, mais ses nouvelles projections sont devenues sensiblement plus restrictives : le taux médian attendu fin 2026 est passé de 3,4 % à 3,8 %, tandis que les projections de PCE et de core PCE ont été relevées à respectivement 3,6 % et 3,3 %. La Fed n’a pas préannoncé une hausse, mais elle conserve clairement cette option.

La BCE a relevé ses trois taux de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 2,25 %, le taux de refinancement principal à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 %. Cette hausse contraste avec le ralentissement de l’inflation de la zone euro à 2,8 % en juin, contre 3,2 % en mai.

Aux États-Unis, l’inflation headline demeure élevée à 4,2 %, mais sa composition est moins alarmante que le chiffre agrégé : l’énergie progresse de 23,5 % sur un an, tandis que le core CPI ressort à 2,9 % et seulement 0,2 % sur le mois.

Les actions ont enregistré un trimestre exceptionnel : +14,9 % pour le S&P 500, +21,4 % pour le Nasdaq et environ +10 % pour le STOXX Europe 600. Le S&P 500 et le Nasdaq ont néanmoins terminé le seul mois de juin en baisse, suggérant un début de consolidation après la forte expansion des multiples.

Le Treasury américain à dix ans a clôturé à 4,44 %, contre 4,14 % pour le deux ans. Les spreads de crédit restent serrés, avec un OAS de 76 points de base sur l’Investment Grade américain et de 275 points de base sur le High Yield. Le portage reste attractif, mais la protection offerte par les spreads est limitée.

Le Brent a terminé juin à 72,92 dollars, en baisse de 21 % sur le mois et de 38 % au deuxième trimestre. Cette correction réduit le risque inflationniste immédiat, mais demeure dépendante d’une normalisation géopolitique encore fragile.


Market Snapshot - 30 juin 2026

MarchéNiveau ou performance
S&P 5007 499,36 ; +14,9 % au T2
Nasdaq Composite26 213,72 ; +21,4 % au T2
STOXX Europe 600Environ +10 % au T2
Treasury américain 2 ans4,14 %
Treasury américain 10 ans4,44 %
Taux réel américain 10 ans2,20 %
Inflation breakeven américaine 10 ans2,24 %
Bund allemand 10 ansEnviron 2,91 %
OAS US Investment Grade76 pb
OAS US High Yield275 pb
OAS Euro High Yield270 pb
Brent72,92 USD ; –21 % en juin
EUR/USD1,1394

Sources : Reuters pour les indices actions et le pétrole ; Fed/FRED pour les taux américains et les spreads de crédit ; BCE pour l’EUR/USD ; clôture indicative du marché pour le Bund.


Macro

États-Unis : une inflation headline élevée, mais un signal sous-jacent plus nuancé

L’inflation américaine a accéléré à 4,2 % sur un an en mai, contre 3,8 % en avril. La hausse mensuelle de 0,5 % a toutefois été largement alimentée par l’énergie : les prix énergétiques ont progressé de 3,9 % sur le mois et de 23,5 % sur un an, notamment sous l’effet de la hausse de 40,5 % de l’essence sur douze mois.

À l’inverse, le core CPI n’a progressé que de 0,2 % sur le mois et de 2,9 % sur un an. La lecture correcte n’est donc pas celle d’une réaccélération généralisée des prix, mais celle d’un choc headline principalement énergétique, dont la transmission aux services et aux salaires reste à surveiller.

La Fed a maintenu ses taux à 3,50–3,75 %, mais les projections de juin traduisent un biais clairement plus restrictif :

  • taux des Fed funds médian fin 2026 : 3,8 %, contre 3,4 % en mars ;
  • inflation PCE fin 2026 : 3,6 %, contre 2,7 % ;
  • core PCE fin 2026 : 3,3 %, contre 2,7 % ;
  • croissance 2026 : 2,2 %, contre 2,4 % en mars.

La Fed se trouve ainsi confrontée à un environnement proche d’un choc d’offre : inflation headline plus élevée, croissance légèrement revue en baisse et inflation sous-jacente encore supérieure à la cible. Elle conserve une option de hausse, mais son exercice dépendra de la durée du choc énergétique et de ses éventuels effets de second tour.

Zone euro : hausse préventive de la BCE, suivie d’un reflux de l’inflation

Le 11 juin, la BCE a relevé ses trois taux de 25 points de base. Le taux de dépôt atteint désormais 2,25 %, le taux de refinancement principal 2,40 % et le taux de prêt marginal 2,65 %.

La BCE prévoit une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. L’inflation hors énergie et alimentation est attendue à 2,5 % en 2026 et 2027. Ces révisions reflètent principalement le choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient.

Les données de juin apportent toutefois un signal plus favorable : l’inflation de la zone euro a ralenti à 2,8 %, contre 3,2 % en mai. L’inflation hors énergie, alimentation, alcool et tabac ressort à 2,4 %, tandis que l’inflation des services ralentit de 3,5 % à 3,2 %.

En France, l’IPC national est estimé à 1,8 % et l’IPCH, comparable à la mesure européenne, à 2,0 %. La désinflation française est donc plus avancée que celle de la zone euro dans son ensemble.

Notre lecture

Il existe une divergence de rythme, mais pas une divergence fondamentale d’orientation :

  • la BCE a déjà procédé à une hausse préventive ;
  • la Fed a maintenu ses taux, tout en relevant sensiblement sa trajectoire projetée ;
  • les deux institutions restent dépendantes des données et préoccupées par la diffusion du choc énergétique.

Equities

Les actions mondiales ont enregistré une performance particulièrement forte au deuxième trimestre. Le S&P 500 a progressé de 14,9 %, le Nasdaq de 21,4 % et le Dow Jones de 13 %. En Europe, le STOXX 600 a gagné environ 10 %, soit sa meilleure performance trimestrielle depuis plus de cinq ans.

Cette hausse repose sur trois moteurs principaux :

  • la poursuite des dépenses liées à l’IA, aux semi-conducteurs et aux infrastructures de calcul ;
  • la résilience des résultats et de la croissance américaine ;
  • la compression de la prime de risque énergétique en fin de trimestre.

Le mois de juin a cependant envoyé un signal plus nuancé. Malgré une forte séance le 30 juin, le S&P 500 et le Nasdaq ont reculé sur le mois. Le marché commence à distinguer plus clairement les sociétés qui bénéficient directement des investissements dans l’IA de celles dont les valorisations reposent encore largement sur des bénéfices éloignés ou incertains.

L’introduction en bourse de SpaceX a symbolisé cet appétit pour les actifs de croissance : l’opération a levé 75 milliards de dollars à un prix de 135 dollars par action, valorisant l’entreprise à 1 770 milliards de dollars.

En Asie, la Corée du Sud a dévoilé un programme d’environ 576 milliards de dollars dans les semi-conducteurs et l’IA, principalement porté par Samsung et SK Hynix. Les projets de data centers pourraient dépasser 1 000 trillions de wons d’ici 2035, mais leur exécution restera progressive et dépendante des conditions de marché.

Positionnement actions

Neutre à légèrement constructif, avec une forte sélectivité.

Nous privilégions :

  • les sociétés bénéficiant directement des investissements en infrastructures, semi-conducteurs et électrification ;
  • les entreprises disposant de cash-flows visibles et de bilans solides ;
  • les secteurs financiers et cycliques capables de bénéficier d’une croissance encore résiliente.

Nous restons plus prudents sur les valeurs de croissance à duration très longue, lorsque leur valorisation suppose simultanément une forte croissance bénéficiaire et une baisse rapide des taux réels.


Rates & Credit

Rates

Le Treasury américain à dix ans a clôturé juin à 4,44 %, contre 4,14 % pour le deux ans. La pente deux-dix ans ressort donc à environ +30 points de base.

Le rendement réel à dix ans atteint 2,20 %, tandis que la compensation d’inflation implicite ressort à 2,24 %. Le rendement nominal de 4,44 % ne peut donc pas être interprété comme une pure anticipation d’inflation : il combine taux réel, anticipations de taux directeurs, compensation d’inflation et prime de terme.

Le Bund allemand à dix ans a terminé le mois autour de 2,91 %, et non 2,86 % comme indiqué dans la version précédente.

Notre conviction n’est pas que le marché commet nécessairement une erreur manifeste à 4,44 %, mais que la duration longue américaine conserve un profil asymétrique si :

  • l’inflation core cesse de ralentir ;
  • le pétrole rebondit ;
  • la Fed maintient les taux élevés plus longtemps ;
  • la prime de terme remonte sous l’effet de l’offre de Treasuries ou d’une moindre demande structurelle.

Credit

Les spreads de crédit restent serrés au 30 juin :

  • US Investment Grade : 76 points de base ;
  • US High Yield : 275 points de base ;
  • Euro High Yield : 270 points de base.

Ces niveaux témoignent d’un marché qui anticipe encore une croissance résiliente et un risque de défaut contenu. Ils laissent toutefois relativement peu de marge pour absorber une dégradation macroéconomique ou une correction des actifs risqués.

Positionnement taux et crédit

  • Duration américaine : prudente sur les maturités longues.
  • Courbe : préférence pour les maturités courtes et intermédiaires, offrant du portage avec une sensibilité réduite aux taux.
  • Crédit : préférence pour l’Investment Grade par rapport au High Yield.
  • Structures : intérêt maintenu pour les taux variables et les solutions bénéficiant d’un portage élevé sans exposition excessive à la duration.

FX & Commodities

L’EUR/USD a terminé le mois autour de 1,1394, sur la base du taux de référence de la BCE. L’écart de taux reste favorable au dollar, mais la hausse de la BCE et l’amélioration relative des données européennes limitent la visibilité directionnelle à court terme.

Le principal mouvement du mois est venu du pétrole. Le Brent a clôturé à 72,92 dollars, en recul de 21 % en juin et de 38 % au deuxième trimestre, sa plus forte baisse mensuelle et trimestrielle depuis 2020.

La correction s’explique par la reprise progressive des flux dans le détroit d’Ormuz et l’espoir d’un règlement entre les États-Unis et l’Iran. L’accord demeure néanmoins fragile et le fonctionnement du détroit n’est pas encore totalement normalisé.

Positionnement FX et matières premières

  • EUR/USD : neutre, en l’absence d’un avantage macroéconomique suffisamment net.
  • Pétrole : neutre tactiquement après la correction.
  • Couvertures géopolitiques : maintenues, compte tenu du risque de reprise rapide de la prime de risque énergétique.

Principaux risques

1. Nouvelle surprise inflationniste américaine

Une réaccélération du core CPI ou une remontée du pétrole pourrait entraîner une hausse simultanée des anticipations de taux et de la prime de terme.

2. Revalorisation excessive des actifs liés à l’IA

Après la forte hausse du deuxième trimestre, les marchés deviennent plus sensibles à toute déception concernant les dépenses, les marges ou la monétisation des investissements liés à l’intelligence artificielle.

3. Spreads de crédit peu protecteurs

Les niveaux actuels de spreads rémunèrent correctement le portage, mais offrent une protection limitée en cas de hausse des défauts, de ralentissement économique ou de correction actions.

4. Reprise du risque énergétique

Une rupture de l’accord États-Unis–Iran ou une nouvelle perturbation dans le détroit d’Ormuz pourrait rapidement inverser la baisse du pétrole et remettre les banques centrales sous pression.

5. Hausse des taux réels

Une progression supplémentaire des taux réels américains pèserait particulièrement sur les valeurs de croissance, les obligations longues et les actifs dont les valorisations reposent sur des flux de trésorerie éloignés.


Catalyseurs à surveiller en juillet

  • 14 juillet : publication du CPI américain de juin. Une nouvelle surprise haussière renforcerait le risque de remontée du Treasury dix ans ; une décélération franche constituerait le principal risque à notre prudence sur la duration longue.
  • 28–29 juillet : réunion du FOMC. Le marché cherchera à déterminer si le biais restrictif des projections de juin se traduit par une hausse effective ou reste une simple option.
  • Évolution des flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz et des négociations États-Unis–Iran.
  • Premiers résultats du deuxième trimestre des grandes sociétés technologiques et financières.

À retenir

Le principal enjeu n’est pas seulement le niveau encore élevé de l’inflation américaine, mais sa composition.

L’inflation headline à 4,2 % reste préoccupante, mais l’essentiel de l’accélération provient de l’énergie, tandis que le core CPI progresse à un rythme mensuel plus modéré. La question déterminante est désormais celle de la transmission du choc énergétique aux services, aux salaires et aux anticipations.

La Fed n’a pas explicitement annoncé une hausse, mais ses projections indiquent qu’elle envisage désormais une politique plus restrictive qu’en mars. La BCE a, de son côté, déjà procédé à une hausse préventive, alors même que les premières données de juin montrent un reflux de l’inflation européenne.

Après un deuxième trimestre exceptionnel pour les actions, le couple rendement-risque devient moins favorable. Les spreads de crédit sont serrés, les valorisations technologiques élevées et les taux réels américains restent supérieurs à 2 %.

Dans cet environnement, nous privilégions :

  • le portage plutôt que la duration longue ;
  • l’Investment Grade plutôt que le High Yield ;
  • les entreprises de qualité plutôt qu’une exposition indiscriminée aux indices ;
  • des protections ciblées contre un retour de l’inflation ou du risque géopolitique.

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