L'adage « Sell in May and go away » ne constitue pas, cette année, une stratégie évidente. Les marchés abordent le mois de mai dans un environnement plus complexe : les bénéfices restent globalement solides, mais la dynamique de désinflation est interrompue par le retour d'un choc énergétique, tandis que les banques centrales voient leur marge de manœuvre se réduire.
Résumé exécutif
- L'inflation repart à la hausse : l'IPC américain ressort à +3,3% en mars 2026, tandis que l'inflation HICP en zone euro atteint +3,0% en avril, sous l'effet du rebond des prix de l'énergie.
- Les banques centrales temporisent : la Fed maintient ses taux à 3,50%-3,75%, la BCE laisse sa facilité de dépôt à 2,00% et son taux de refinancement à 2,15%, tout en restant dépendante des données.
- Le pétrole redevient le choc macro central : les tensions autour du détroit d'Ormuz ont entraîné un net rebond du Brent, évoluant au-dessus de 90-100 dollars selon les séances.
- Les actions restent soutenues par les bénéfices, notamment dans la technologie et l'IA, mais les valorisations apparaissent plus sensibles à la remontée des taux.
- Le risque dominant évolue vers une mini-stagflation : croissance encore positive mais inflation plus persistante, ce qui complique la trajectoire des politiques monétaires.
Macro & banques centrales
Le mois d'avril marque un tournant dans la séquence macro. Après plusieurs trimestres de désinflation progressive, la remontée des prix de l'énergie liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient vient interrompre cette dynamique.
Aux États-Unis, l'inflation atteint +3,3% en glissement annuel en mars, confirmant que le processus de normalisation reste fragile. En zone euro, l'inflation remonte à +3,0% en avril, tirée en grande partie par les composantes énergétiques.
Ce choc d'offre place les banques centrales dans une position inconfortable. La Réserve fédérale a maintenu ses taux dans la fourchette 3,50%-3,75%, signalant une approche prudente face à des données plus volatiles. La Banque centrale européenne a également laissé ses taux inchangés (2,00% pour la facilité de dépôt, 2,15% pour le refinancement), tout en soulignant l'incertitude accrue.
Le scénario central évolue ainsi vers un régime de croissance modérée avec inflation plus persistante. Sans basculer dans une stagflation classique, l'économie mondiale entre dans une phase de mini-stagflation : activité résiliente mais sous pression, inflation au-dessus des cibles et politiques monétaires contraintes.
Marchés actions
Les marchés actions restent soutenus par la résilience des résultats d'entreprises, en particulier aux États-Unis. Les grandes capitalisations technologiques continuent de bénéficier de la dynamique liée à l'intelligence artificielle, qui alimente à la fois la croissance des revenus et les anticipations de long terme.
Cependant, la saison de résultats met en lumière une évolution importante : l'IA est à la fois un moteur de croissance et un facteur d'intensification des investissements.
Les grandes entreprises du secteur ont confirmé des niveaux de dépenses d'investissement élevés, notamment dans les infrastructures de calcul, les centres de données et les semi-conducteurs. Cette dynamique soulève une question centrale pour les marchés : la croissance générée par l'IA compense-t-elle pleinement l'augmentation du capital engagé ?
Dans ce contexte, les valorisations restent exigeantes, en particulier pour les segments les plus sensibles aux taux d'actualisation. Les secteurs « long duration » - technologie de croissance, immobilier coté - apparaissent plus vulnérables à une remontée des rendements réels.
À l'inverse, les entreprises disposant d'un fort pouvoir de fixation des prix, de bilans solides et d'une visibilité élevée sur leurs flux de trésorerie devraient mieux résister dans un environnement inflationniste.
Taux, obligations & crédit
Au 30 avril, le rendement du Treasury américain à 2 ans s'établit autour de 3,90%, tandis que le 10 ans évolue autour de 4,40%. La courbe reste positive, mais cette configuration reflète moins une normalisation qu'une remontée de la prime de terme.
Le principal risque n'est plus uniquement celui d'un maintien prolongé de taux élevés à court terme. Il réside également dans une hausse des taux longs, liée à des anticipations d'inflation plus incertaines et à des besoins de financement élevés, notamment aux États-Unis.
Sur le crédit, les spreads restent globalement contenus mais montrent des signes de vigilance. Le segment High Yield offre encore un portage attractif, mais la sensibilité au cycle économique augmente dans un contexte de coûts de financement élevés.
Le crédit privé constitue un point d'attention particulier. Après plusieurs années d'expansion rapide, le secteur est confronté à un environnement plus contraignant : refinancement plus coûteux, pression sur les marges et qualité de crédit plus hétérogène. Une dégradation de ce segment pourrait constituer un canal de transmission vers les marchés cotés.
Devises & matières premières
Le dollar reste soutenu à court terme par les différentiels de taux et son statut de valeur refuge. Toutefois, cette dynamique pourrait être fragilisée par l'incertitude politique américaine, notamment à l'approche de la transition à la tête de la Fed et dans un contexte de pression accrue sur la politique monétaire.
Le pétrole constitue le principal facteur de volatilité macro. Les tensions autour du détroit d'Ormuz ont réintroduit une prime de risque significative dans les prix de l'énergie. Ce choc reste, à ce stade, important mais non extrême : il est suffisant pour perturber la désinflation, sans provoquer de déséquilibre systémique immédiat.
Dans ce contexte, les métaux précieux retrouvent un rôle stratégique. L'or bénéficie simultanément de la hausse des risques géopolitiques, de l'incertitude inflationniste et de la demande de diversification des réserves. Il s'impose comme un actif de couverture dans un environnement marqué par une volatilité accrue des taux réels et des devises.
Positionnement & risques
L'environnement actuel plaide pour une approche plus sélective. Les marchés restent soutenus par les bénéfices, mais la prime de risque apparaît comprimée au regard des incertitudes macroéconomiques.
Les actifs à privilégier sont ceux offrant :
- Visibilité sur les flux de trésorerie
- Bilans solides
- Capacité de répercussion des coûts
- Faible dépendance au refinancement
À l'inverse, les segments les plus sensibles à la duration et à l'effet de levier apparaissent plus vulnérables.
Les principaux risques à surveiller sont :
- Prolongation des tensions au Moyen-Orient et choc pétrolier durable
- Nouvelle surprise inflationniste
- Durcissement du discours des banques centrales
- Déception sur les marges des grandes valeurs technologiques
- Tensions sur le crédit privé et élargissement des spreads High Yield
- Incertitude politique américaine et pression sur la Fed
À retenir
L'adage « Sell in May and go away » reflète cette année un dilemme réel : rester exposé à des marchés soutenus par les bénéfices, tout en intégrant un retour du risque inflationniste.
Le choc énergétique marque un changement de régime : la désinflation n'est plus acquise, et le scénario de mini-stagflation gagne en probabilité.
La sélectivité redevient centrale : dans un environnement de taux plus incertains, la qualité des bilans, la visibilité des marges et la discipline d'investissement seront les principaux moteurs de performance.
Disclaimer : Cette analyse est fournie à titre informatif et ne constitue ni une recommandation personnalisée ni un conseil en investissement. Toute décision d'investissement doit être prise après analyse de votre situation personnelle et consultation d'un conseiller habilité.
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